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Dernière mise à jour de cette page: 28 mars 2001
© 2000, 2001 José-Nicolas Binette
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CRITIQUE DE LA CAMPAGNE ANTI-TABAC
Nicolas Binette4 mars 2001

Les conséquences du tabac sur la santé sont plus ou moins connues du public, mais l'on considère généralement adéquat pour son consommateur d'en cesser au plus vite l'usage, ce qui est probablement le mieux qu'il puisse faire. S'il a pris conscience du danger que recèle sa cigarette, cette cessation sera pour lui une appropriation de sa santé. Cependant, la méthode d'intervention adoptée par le gouvernement lui facilite-t-elle l'assimilation de cette conscience?

La campagne anti-tabac de Santé Canada bat actuellement son plein. Or, ses messages et avertissements n'ont aucunement cette fonction de conscientisation, d'information. Leur forme, celle de la publicité: répétitivité, provocation, réthorique autour de possibilités « fictives » (le cancer, l'emphysème, le public cible n'en est pas atteint — ni encore, ni nécessairement), n'est pas vouée à développer chez le fumeur cette conscience de la problématique nécessaire à une réelle réappropriation de sa santé. Leur véritable dévotion est plus simplement de créer artificiellement le besoin d'arrêter de fumer, et ce coûte que coûte. Devant cette publicité (comme devant toute autre, il n'y a là rien de nouveau), le consommateur s'aliène. Plus précisément, sa démarche afin d'arrêter sa vilaine habitude ne lui semble plus consciente, volontaire; on la lui vend littéralement, de sorte qu'au bout du compte, ce n'est plus lui qui « sauve sa peau », mais le gouvernement, cette puissance supérieure qui veut son bien.

Ainsi, la campagne est vouée, si les destins qu'elle suggère sont aussi probables qu'elle le laisse entendre, à éradiquer ceux des fumeurs qui ressentent et combattent activement cette aliénation par la négative (négation systématique du message imposé, donc tendance accrue à fumer). Réflexe de plus en plus naturel chez l'humain qui cherche à se défendre des attaques continuelles de la publicité en général (laquelle, des secteurs de l'économie, est sans doute le plus acharné de toute la meute). Et réflexe d'autant plus évident ici que le produit commercial dont cette campagne est l'objet (le paquet de cigarettes), portant en lui même sa « thèse » et son « antithèse » (publicité de marque et publicité ministérielle, le pour et le contre — dans des proportions géométriques identiques), est l'incarnation même de cette négation. Résultat implicite à la campagne anti-tabac: celle-ci finira par ne sauver d'une « mort atroce » que les éléments « passifs » de la société canadienne, les individus qui font d'une certaine façon confiance au gouvernement et croient au bien-fondé de ses procédés (existent-ils? qu'on les abatte!). En contrepartie, la population fumeuse au profil plus « révolutionnaire », combative et entêtée, celle-là verra ses chances de périr augmenter! L'opposition irréconciliable entre sa négation de la propagande et le souçi de sa santé endiguera chez tel individu une anxiété accrue. (Cette anxiété n'est pas hypothétique, vous pouvez le constater dans n'importe quel dépanneur!) N'existe-t-il pas des montagnes d'études démontrant l'existence d'un rapport étroit entre stress et chances de développer une maladie, dont le cancer?

Avouons que le fumeur entêté n'est pas un modèle à suivre. Mais cette caricature illustre assez bien les tendances qui sont à la base des réactions de plusieurs fumeurs que je rencontre. Évidemment, la pure négative des messages imposés par le Ministère de la santé n'est pas un moyen efficace de contrer l'effet aliénant, au contraire. Toutefois, le consommateur ne pourra que très difficilement rester complètement indifférent à cette morbide propagande; pour n'en pas rendre compte du tout dans sa vie de tous les jours, il lui faudrait du coup nier la symbolique de son propre milieux social. Car la campagne ne va pas sans influencer profondément la conception du tabac dans la société en général, laquelle absorbe plus ou moins exactement les patterns suggérés par Santé Canada, les intègre tout au moins dans le langage quotidien. La terreur s'installe tranquillement, et le fumeur invétéré voit les regards qu'on lui porte s'emplir d'une franche inquiétude. Et c'est précisément , à mon avis, que le Ministère a voulu mettre le paquet.

Le fumeur est finalement acculé dans une impasse:

  1. S'il cesse de fumer, il s'aliène à l'État.
  2. S'il en refuse le message et affirme son refus en le contredisant, en plus de jouer sa santé, il n'en demeure pas moins tout aussi aliéné à la décision de l'État.
  3. S'il désire préserver sa pleine liberté de décision, il arrivera peut-être à vaincre toute aliénation de source étatique, mais devra pour cela s'isoler de son milieux social, ce qui n'est pas, convenons-en, une solution plus acceptable.

De mon analyse je tirerai cette conclusion: La campagne anti-tabac de Santé Canada viole la liberté de conscience des individus et révèle du fascisme, mais en plus dangereux parce qu'elle est insinuante. La prohibition unilatérale du tabac, façon de faire qui aurait explicitement porté le sceau du fascisme, aurait été, à bien des égards, préférable. À la liberté, c'eût été une atteinte, mais non point une injure!