Bargito! DichoTomies de GroupeInfo 
Se réveiller, c'est se mettre à la  
recherche du monde  
(Alain).  

NUITS BLANCHES IDEES NOIRES
Permettez-moi, cher frère et tristes lecteurs (s'il en reste), de remplacer les vaines divagations du fwê par les plus futiles encore qu'il me reste à vous offrir. Comme vous avez pu remarquer (sinon ben ouvrez-vous les yeux, bordel), j'écris en noir. Eh oui! ma pensée, dans votre oeil conditionné ne semble donc ni pure ni rationnelle. Voilà peut-être un excès de formalisme, mais je crois que la catégorisation de la pensée pour comme telle est un geste qui, déjà, lui enlève de sa pureté. De ce fait, j'écris toujours en noir, n'imprégnant le papier que du sens de mes paroles (si elles en ont un) plutôt que de la couleur de mes tergiversations. Ainsi, je suscite un peu plus l'intelligence du lecteur (que je suis bien souvent seul à incarner) en lui laissant la responsabilité de distinguer la pensée pure de la pensée rationnelle et de tout autre mode de pensée. Du même coup, en assimilant en quelques sorte des brides de pensée pure, j'épure en quelque sorte la pensée bleue, car (souvenons-nous), la pensée pure naît de l'anarchie de la non structure de toute pensée. Or, vous (et je) n'êtes pas sans savoir qu'un organisme structuré (voir ici pensée rationnelle) immergé sans système précis dans un milieu anisotrope (voir dictionnaire) perd lui-même de sa structure et, par mixtion, devient amorphe.

Bargito! DichoTomies de GroupeInfo 


Soyez-m'en donc gré que je n'use pas du stratagème coloré dont l'auteur interrompu de ces pages use allègrement, mais je crois que les plus petites cellules organisationnelles deviennent rapidement les plus lourds carcans et les plus grands obstacles à la créativité. Déjà, l'usage d'un titre est restreignant. Plus, l'usage même d'un vocabulaire prédéterminé par une Académie de cravateux limite l'effort créatif en-déça de certaines frontières. Il faut donc surpasser les contraintes et extraire le langage des sens acceptés.
LISEZCLAUDEGAUVREAU.
En fait, si on voulait pousser à outrance, on pourrait affirmer sans se gêner que l'alphabet même porte atteinte à la liberté d'expression et de création. Notre corps, nos sens, notre savoir sont autant d'obstacles qui déforment la pensée pour l'"humaniser". Descartes a dit, sans se tromper : Je pense, donc je suis. Il avait raison : c'est en vous sachant penser que vous pouvez conclure assurément à votre existence. Mais que l'acte de pensée ait une conséquence est en soi limitant à la pensée même. Ainsi :
être est une limite pour l'âme.[citation du seul
et unique fwê.
(ROFL!)
]
Je crois que cette phrase est plus importante encore que celle de Descartes, car, en effet, l'existence mène à une réflexion sur cet état (obligatoirement) et cette réflexion ne peut être de pensée pure puisque celle-ci précède l'existence. On ne dit pas : je pense parce que je suis. On dit : je pense, donc (en conséquence) je suis. Et être, ce n'est un secret pour personne, n'est souvent pas une mince tâche. Parce qu'être pose des frontières à l'âme...

Bargito! DichoTomies de GroupeInfo 
Les choses les plus belles  
sont celles que souffle la folie  
et qu'écrit la raison  
(André Gide).  

Mais il y a peut-être une façon plus simple de voir la chose. Ce qui nous éloigne de la pensée pure est cette conséquence d'exister. Or, le lien de cause (penser) à effet (être) en est un (si ténu soit-il) de temps. Ce que je dis, c'est que la pensée précède (de quelques façon) l'existence. Il faut donc, dans l'acte de pensée, faire abstraction totale du temps. Il faut absolument, pour atteindre la pensée pure, cesser d'exister et, à ce moment, cet instant, où l'être disparaît, s'extirper des limbes du temps et penser. Il ne faut pas vivre en penser. Il faut arrêter la vie.
EN PASSANT:LISEZ AUSSI ANDRÉ GIDE(Les nourritures terrestres)
Pour atteindre cet état de pureté extrême, il faut se délier de tout contact avec le monde (les cinqs sens éteints) et stopper le temps. Mais un tel geste n'est pas sans conséquences : si vous écrivez votre pensée, vous ne devez pas la lire; ou si vous vous enregistrez, vous ne devez pas vous écouter. Car chaque pensée, chaque bride ne doit pas influencer celle qui suit. Et aussi (et là, j'insiste sur cet absolu), il ne faut plus avoir conscience du temps : si vous devez penser pendant des jours, ainsi-soit-il. De toute façon, vous ne devez pas ressentir le passage du sable dans l'orifice des heures. Si à un instant, vous ressentez ce souffle vous traverser, alors vous prenez automatiquement conscience de votre existence et tout est foutu : la pensée pure n'est déjà plus. Mais gardons-nous de vouloir atteindre cet état à tout prix. Chaque humain n'est pas toujours prêt pour ce type d'expérience. Et de toute façon, la vie physique et rationnelle regorge de plaisirs et de richesses (éphémères, soit) qui ne sont pas, pour autant, à délaisser. Sur ce, je dis : PENSEZ mais VIVEZ aussi (avec tout ce que ce faire comporte de risques et de joies).

Ful* 12/03/97


Bargito! DichoTomies de Groupe