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Mais il y a peut-être une façon plus simple de voir la chose. Ce qui nous éloigne de la pensée pure est cette conséquence d'exister. Or, le lien de cause (penser) à effet (être) en est un (si ténu soit-il) de temps. Ce que je dis, c'est que la pensée précède (de quelques façon) l'existence. Il faut donc, dans l'acte de pensée, faire abstraction totale du temps. Il faut absolument, pour atteindre la pensée pure, cesser d'exister et, à ce moment, cet instant, où l'être disparaît, s'extirper des limbes du temps et penser. Il ne faut pas vivre en penser. Il faut arrêter la vie.
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Pour atteindre cet état de pureté extrême, il faut se délier de tout contact avec le monde (les cinqs sens éteints) et stopper le temps. Mais un tel geste n'est pas sans conséquences : si vous écrivez votre pensée, vous ne devez pas la lire; ou si vous vous enregistrez, vous ne devez pas vous écouter. Car chaque pensée, chaque bride ne doit pas influencer celle qui suit. Et aussi (et là, j'insiste sur cet absolu), il ne faut plus avoir conscience du temps : si vous devez penser pendant des jours, ainsi-soit-il. De toute façon, vous ne devez pas ressentir le passage du sable dans l'orifice des heures. Si à un instant, vous ressentez ce souffle vous traverser, alors vous prenez automatiquement conscience de votre existence et tout est foutu : la pensée pure n'est déjà plus. Mais gardons-nous de vouloir atteindre cet état à tout prix. Chaque humain n'est pas toujours prêt pour ce type d'expérience. Et de toute façon, la vie physique et rationnelle regorge de plaisirs et de richesses (éphémères, soit) qui ne sont pas, pour autant, à délaisser. Sur ce, je dis : PENSEZ mais VIVEZ aussi (avec tout ce que ce faire comporte de risques et de joies).
Ful* 12/03/97
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